Nous connaissons l’existence et la nature du fini parce que nous sommes finis et étendus comme lui.
Nous connaissons l’existence de l’infini, et ignorons sa nature, parce qu’il l’a étendue comme nous, mais non pas de bornes comme nous ; mais nous ne connaissons ni l’existence ni la nature de Dieu, parce qu’il n’a ni étendue ni bornes.
Mais par la foi nous connaissons son existence, par la gloire nous connaîtrons sa nature.
Or, on peut bien connaître l’existence d’une chose sans connaître sa nature.
Parlons maintenant selon les lumières naturelles. S’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, n’ayant ni parties ni bornes, il n’a nul rapport à nous ; nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu’il est ni s’il est. Cela étant ainsi, qui osera entreprendre de résoudre cette question ? ce n’est pas nous, qui n’avons aucun rapport à lui.
Je n’entreprendrai pas de prouver, par des raisons naturelles, ou l’existence de Dieu, ou la Trinité, ou l’immortalité de l’âme, ni aucune des choses de cette nature, non seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre les athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. Quand un homme serait persuadé que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles, et dépendantes d’une première vérité, en qui elles subsistent, et qu’on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avancé pour son salut .
Blaise Pascal
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